Laïcité : un mot, deux perceptions, trois principes

 » La laïcité n’est pas une opinion parmi d’autres mais la liberté d’en avoir une. Elle n’est pas une conviction mais le principe qui les autorise toutes, sous réserve du respect de l’ordre public. »
L’Observatoire de la laïcité

Si la laïcité était une image et bien elle serait celle-ci selon moi.
(Image https://www.canva.com/)

J’ignore si cet article, qui me sert avant tout d’exutoire, aura un impact autre que de soulager ma frustration face à l’imbécillité humaine, mais je ressens de plus en plus le besoin pressant d’écrire sur un sujet qui ne cesse d’être à l’actualité… LA LAÏCITÉ ! Née en France dans les années 80, de père et de mère immigrés, j’ai donc grandi dans un environnement aussi cosmopolite que laïque. Cette mixité a toujours été pour moi quelque chose de normale, nous étions des enfants de toutes nationalités et de religions différentes, qui avions des us et coutumes distincts, mais cette diversité était pour nous tous une richesse. Je ne comprends donc pas pourquoi, aujourd’hui, en 2020, nous en sommes là, à parler laïcité en ayant à se défendre de cette richesse qu’est la diversité, car de nos jours le mot laïcité est comme devenu synonyme de racisme. Il n’y a qu’à voir la virulence de certains dans les débats, qui à mon sens n’ont pas lieu d’être, ou encore l’acharnement médiatique sur ce sujet devenu brûlant.

Revenons-en avant tout, à la définition du mot laïcité selon le dictionnaire Larousse, «  la laïcité est la conception et l’organisation de la société fondée sur la séparation de l’Église et de l’État et qui exclut les Églises de l’exercice de tout pouvoir politique ou administratif, et, en particulier, de l’organisation de l’enseignement (le principe de la laïcité de l’État est posé par l’article 1er de la Constitution française de 1958.) «  Cette définition me semble pourtant claire, mais malheureusement, dorénavant, on se sert de ce mot pour fustiger certaines visibilités ou exigences religieuses dans la sphère publique. Ce qui nous amène à une seconde définition, celle du laïcisme, car c’est de ça dont il s’agit ; c’est-à-dire chercher à restreindre la vie religieuse à la sphère privée, en dehors de toute manifestation publique. La plupart des gens confondent les deux termes, de manière délibérée ou non, mais la laïcité aujourd’hui est en fait un laïcisme manifeste avec parfois, un zeste de racisme pour certains. D’ailleurs, si ces mêmes personnes pouvaient carrément éradiquer la vie religieuse de la sphère privée, elles le feraient sans l’ombre d’un doute. Mais pourquoi ? Si quelqu’un a la réponse, je suis preneuse, parce que vraiment, je n’arrive pas à comprendre toute cette énergie négative mise dans cette lutte acharnée contre la liberté de croyance qui reste propre à chacun. Honnêtement, qui de vous a, un jour, été forcé à se convertir à une quelconque religion ? Cette question s’adresse aux pros  »on-les-accepte-dans-notre-pays-mais-ils-ne-vont-pas-nous-imposer-leur-culture ». Qui vous a imposé quoi ? Y a-t-il des sentinelles cachées dans les nids-de-poule qui jaillissent devant vous pour vous forcer à un dogme quel qu’il soit ? Cette façon de penser n’est-elle pas identique à celle des extrémistes en tout genre? Personnellement, ce que je comprends des trois principes de la laïcité, c’est que la neutralité de l’État, des collectivités et des services publics ne veut pas dire la manière de s’habiller pour ceux qui y travaillent. On s’en fiche d’avoir un homme avec une kippa, une femme voilée, un sikh avec un turban ou un chauve avec les yeux bridés vêtu d’un habit orange et des sandales face à nous ; ce n’est pas cela qui va m’inciter (ou inciter quiconque) à me convertir à telle ou telle religion. L’habit ne fait pas le moine hahaha… ok c’est nul. Au-delà de cela je ne vois vraiment pas ce qu’il y a de gênant, tant et aussi longtemps que l’on arrive à se comprendre et obtenir le service dont on a besoin. Bref…

Ce sujet ne m’intéressait pas plus que ça lorsque j’étais en France, mais depuis que je vis au Québec, je ressens ce que je n’avais jamais ressenti auparavant, une espèce de rejet de l’autre, ce qui est aux antipodes de l’image que l’on se fait outre-Atlantique, du Québec et plus particulièrement du Canada. Au gré des articles que je peux lire quant à la loi 21, parce qu’aujourd’hui on a besoin de faire une loi pour légiférer les valeurs que l’on a le droit d’avoir (ou pas), j’en arrive au point où j’ai hâte à la fin du monde. Lorsque je lis les articles poubelles de Denise Bombardier, entre autres, dans le Journal de Montréal, qui sont pour moi du même ordre que les revendications d’attentats de Daesh, je me questionne sincèrement sur l’intelligence de ce genre de personnes. Je ne veux pas lui faire de pub, mais lorsqu’elle parle de « la face sombre de l’immigration » dans son article du 9 septembre 2019, qui raconte l’histoire d’une jeune fille, attention je vais lâcher le mot, musulmane, forcée par ses parents de se marier contre sa volonté, et bien je me dis merde, mais quelle inculte celle-là ! Pourquoi a-t-elle besoin de dire que cette fille est issue d’une famille musulmane, en ajoutant que nous sommes au Québec et que « ces nouveaux immigrants n’ont à l’évidence pas accepté les valeurs de leur société d’accueil » ? Et Raël, cet immigrant gourou français, a-t-il accepté lui les valeurs de sa société d’accueil en venant ici au Québec avec sa secte, qui n’est autre qu’une exploitation religieuse du phénomène ovni ? Laissez moi vous répondre, madame Bombardier, que ces gens-là, en tant que musulmans, si besoin est de le préciser, n’ont pas non plus accepté les valeurs de l’Islam ! Si vous aviez cherché un peu plus, si vous vous étiez un tant soit peu éduquée, et bien vous vous seriez aperçu de votre bêtise de faire l’amalgame entre l’Islam et le manque de valeur morale de certaines personnes. Ce sont des choses bien distinctes qu’il est important de signaler à l’heure actuelle. Pour commencer, nulle part dans le Coran, il est dit qu’une femme doit être mariée de force. Bien au contraire, le choix est donné aux femmes de se marier avec qui elles le souhaitent et un mariage forcé est considéré par la religion musulmane comme nul ! Mais bien entendu, même si vous le saviez, vous vous cacheriez bien de le dire, car c’est facile de nos jours de taper sur les musulmans ou tout autre communauté religieuse ou ethnique. J’apparente ceci à de l’intimidation, le même genre que l’on demande aux jeunes de dénoncer. Le fait de s’acharner sur des personnes, car elles sont culturellement différentes, afin de les isoler et de les faire sentir coupable d’être ce qu’ils sont, ce n’est ni plus ni moins que de l’intimidation selon moi… Ô moi qui ne suis rien ni personne par rapport aux mass-médias dont vous faites partie madame Bombardier ! Certes, cette jeune fille est issue d’une famille musulmane, c’est la réalité, mais peut-on faire en sorte que tous les musulmans ne soient pas mis dans le même moule que celui d’imbéciles qui forcent leur fille à se marier ? Car le problème de vos chroniques est là, vous donnez l’impression que tous les musulmans sont pareils, des barbares intolérants pour qui la femme n’est rien bla bla bla… Tu m’étonnes qu’après il y a des Alexandre Bissonnette ou encore des Anders Breivik (C’est moi ou leurs initiales à tous les deux sont AB ? Alerte spoil, théorie du complot, toutes les personnes dont les initiales sont AB sont des tueurs de masse… Ah tiens, je viens de généraliser moi aussi, Deniiiise sors de ce corps ! )

Le lendemain, madame Bombardier en remet une couche dans sa chronique du 10 septembre 2019 sur le voile et la loi, j’dis ça, j’dis rien, mais avez-vous un problème avec l’Islam en général ? Parce que dans la majorité de vos chroniques, il ne s’agit pas de laïcité, mais bien d’Islam. Non mais sérieusement, croyez-vous vraiment qu’une femme voilée est une menace pour l’éducation des enfants ? Pas plus qu’un homme qui pourrait finalement se révéler pédophile non ? La police du  » pas-rapport  » va dire, non mais n’importe quoi celle-là de quoi elle parle ? Je parle juste du fait de mettre tout le monde dans le même panier ; femmes voilées = terroristes, prêtres et/ou hommes = pédophiles, noirs = voyous de bas étages, italiens = mafieux, etc. Franchement, quand je vous lis, c’est comme si les profs voilées allaient donner des cours sur  »Comment mener à bien un projet d’attentat  » ou encore  »Comment fabriquer une bombe artisanale « … Ou peut-être souhaitent-elles se faire exploser en classe, qui sait ? Ah non, c’est en fait pour ne pas avoir à expliquer aux enfants pourquoi la dame porte un voile?  Et bien la dame porte un voile, comme d’autres portent des perruques, comme par exemple les femmes juives (note pour plus tard, la perruque va-t-elle être considérée comme signe ostentatoire religieux ?) ; la dame porte un voile parce qu’elle a ses propres convictions religieuses point. C’est comme Noël dans ce cas, pourquoi parle-t-on de laïcité, mais on ne parle pas de Noël ? C’est bien une fête religieuse qui est, si on part de votre principe, imposée à des enfants dont les parents sont agnostiques ou athées, etc, etc. – Pfff en plus, Jésus (Issa) n’est même pas né le 25 décembre, mais bon… – Dans certains pays africains, ainsi que dans les pays du Maghreb, des enfants de confessions musulmanes ont été dans des écoles catholiques avec des cours donnés par des bonnes sœurs vêtues de leurs plus beaux costumes religieux et bien devinez quoi ? Dans ces pays, personne n’a élevé la voix criant à l’extrémisme religieux de nonnes prêtes à tout pour convertir leurs enfants de force ! Au contraire, les parents étaient reconnaissants du fait que leurs enfants aient reçu une bonne éducation point. Pourquoi aller plus loin ? Pourquoi prêter de fausses intentions ? Pourquoi tous ces faux débats qui ne font qu’amplifier la peur de l’autre juste parce qu’il est différent ? Pourquoi traiter les candidats à l’enseignement portant des signes religieux tels des délinquants et dire que ce sont des activistes dont l’objectif est d’ajouter aux tensions sociales ? Euh, excusez mon ignorance, mais avant cette histoire de projet de loi 21, y avait-il des tensions sociales en rapport avec des professeurs portant des signes ostentatoires religieux ? Pas à ma connaissance, donc pourquoi créer des problèmes là où il n’y en a pas ? Je pense, mais cela n’est que l’opinion d’une personne lambda, qu’avant toute chose, nous sommes des êtres humains. Nous sommes quasiment tous nés après 9 mois de gestation dans le ventre de nos mères, donc jusque-là aucune divergence entre les uns et les autres, et à quelques différences près, nous sommes tous constitués de la même manière (mis à part Marilyn Manson). Les différences des uns doivent de nos jours devenir les richesses des autres, car le multiculturalisme est une force. Personnellement, je me suis toujours considérée comme une citoyenne du monde, d’ailleurs, à une époque, j’ai fondé une association qui s’appelait  » Je suis un citoyen du monde et mon pays, c’est la terre « , car cela résume parfaitement l’identité de toutes les nouvelles générations.

 »Anyway », s’il y a une chose que je peux comprendre et contre laquelle je peux vous rejoindre, c’est le port de la burqa. Pour les raisons que nous connaissons tous, évidemment, et étant du même avis sur ce sujet, il est donc inutile d’en rajouter.

À propos d’en rajouter, comme si la chronique de dame Bombardier n’était pas suffisante, le Journal de Montréal, a publié le même jour (10 septembre 2019), un article de Joseph Facal, parce que la loi, c’est la loi. Étiez-vous en manque de sujet ce jour-là?

Bref, tout cela pour dire au final, que ce débat est un faux débat qui n’a pas lieu d’être en 2020. On parle de vivre ensemble et de tolérance quand cela touche une catégorie de personnes uniquement, mais dès que ça a trait à la religion, l’Islam de surcroît, tout de suite on crie au radicalisme. D’ailleurs, monsieur Facal n’hésite pas un instant, tout en clabaudant sur un article du Devoir publié la veille, à dire qu’il n’y a pas un mot dans ce « publireportage » sur la mentalité radicale de quelqu’un qui place sa religion au-dessus d’une loi démocratique… Hum hum, hey Jo, si vous me permettez de vous appeler comme ça (j’écoute du Hendrix en même temps que j’écris), il ne s’agit pas de placer sa religion au-dessus d’une loi démocratique, mais juste de conserver, comme la charte canadienne des droits et libertés le mentionne, sa liberté de pensée, de croyance, d’opinion, d’expression etc.

Pour clore ce premier article, je voulais partager avec vous un sondage fait par le service de l’information de Radio-Canada, qui a souhaité, à travers leur enquête, contribuer à un débat éclairé sur des enjeux qui sont en train de façonner le visage du Canada.